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19 juillet 2016

Finnair ose tout !

Finnair ose tout !

Il était une fois…

Un pays moderne en Scandinavie, la Finlande. Le contexte est simple :
un marché intérieur limité avec ses 5,4 millions d’habitants
une position géographique « relativement » septentrionale – pour rester politiquement correct – qui n’est pas propice à l’émergence d’un hub intercontinental. Bref, rien qui permette de façon naturelle de développer une activité de transport aérien de masse comme cela se pratique sous d’autres latitudes.
C’est sans compter sur l’imagination de la compagnie nationale Finnair, détenue à 55 % par l’État finlandais.

La langue comme prétexte au dumping social

Tout commence en 2005, lorsque Finnair décide de remplacer tous ses PNC sur la ligne Helsinki-Hong Kong par des PNC asiatiques (thaïlandais pour l’essentiel) basés à Hong Kong. Elle en profite pour mettre ainsi en place des conditions de travail et des salaires revus à la baisse. Elle justifie cette action par la « nécessité » d’avoir des hôtesses et stewards parlant le chinois pour mieux communiquer avec la clientèle locale…

Les pilotes (tout comme l’avion) restent basés à Helsinki et voient donc, systématiquement, défiler 2 équipages totalement asiatiques à chaque étape.
Finnair met ensuite le couteau sous la gorge des syndicats PNC : soit les PNC basés Helsinki font 18 M€ d’économie par an, soit Finnair applique le modèle de son « laboratoire de langue » à l’ensemble du réseau long courrier de la compagnie. Le « Suomen Lentoemäntä- ja Stuerttiyhdistys » (SLSY), c’est-à-dire le syndicat PNC finlandais, accepte alors de réduire les salaires, augmenter les heures de vols, réduire les jours de repos en échange de ne voir que les lignes Hong Kong et Singapour délocalisées et éviter ainsi le licenciement des deux tiers des navigants finlandais. C’est ainsi que sur ces 2 lignes, tout l’équipage est basé en bout de ligne et recruté au travers d’une agence.

Ce n’est pas fini…

L’histoire pourrait s’arrêter là si Finnair ne décidait pas d’ouvrir une ligne Helsinki-New York avec des PNC basés à… New York ! Là encore, le prétexte de la langue ne tient pas plus. Et d’ailleurs, cette question de la langue est essentielle.
En effet, pour que l’État Finlandais accorde un permis de travail aux PNC il faut que l’une des 2 conditions suivantes soit remplie :

1. soit pour une question de langue (ce qui n’est donc pas applicable sur une ligne HEL-NYC)
2. soit parce qu’il n’est pas possible de recruter, même localement, du personnel finlandais

Finnair fait valoir qu’il n’y a pas de volontaires finlandais pour être basé à New York. Passons sur le fait qu’il est déjà pour le moins étrange de vouloir à tout prix baser à New York des hôtesses et des stewards alors que l’avion et les pilotes sont bien basés à Helsinki… Néanmoins, le syndicat PNC, ne s’arrête pas à cette seule considération et fait du lobbying auprès du bureau finlandais d’immigration pour qu’il exige un recrutement en Finlande. Et, ô miracle, Finnair finit par trouver des gens qui acceptent d’être basés à New York ! Mais… c’était sans compter avec le gouvernement américain qui ne voit pas bien pourquoi il donnerait des permis de travail à des ressortissants finlandais pour être basés à New York. Ces derniers, employés par une agence de travail américaine, remplaçant donc des américains qui pourraient très bien faire le même « job ».

De la notion du temps de travail

Du coup, le bureau d’immigration finlandais menace de ne pas renouveler les permis accordés aux PNC asiatiques basés à Hong Kong si leurs salaires ne sont pas relevés au minimum légal finlandais. Finnair s’y engage mais ne le fait pas ! Ce n’est que grâce à la coopération entre le syndicat PNC finlandais et son alter-ego hongkongais que le mensonge peut être dénoncé. Finalement, et après plusieurs mois de discussion, d’attention des médias, etc., le bureau d’immigration refuse le renouvellement des permis de travail des PNC asiatiques.

Finnair et Adecco (« l’agence de placement ») ont porté plainte contre le bureau d’immigration finlandais et ont obtenu gain de cause en arguant du fait que le salaire des PNC asiatiques n’était pas inférieur au minimum finlandais car ils travaillaient… à temps partiel !!!

Si si, des PNC qui sont au « taquet » des FTL, qui effectuent entre 3,5 et 5 rotations HKG-HEL par mois, ne travailleraient qu’à temps partiel !

Le jugement a été rendu en première instance, par la Cour administrative finlandaise début juillet. Espérons que l’histoire ne s’arrêtera pas là et qu’il y aura appel avant la fin du mois.

Conclusion : le dumping social ne connaît pas de limites

On connaissait les dégâts d’une économie collaborative qui voudrait nous faire passer des vessies pour des lanternes en nous expliquant qu’un pilote privé qui fait de la pub sur internet pour proposer des vols à tout un chacun, ne ferait pas de transport public de passagers (sic).

On connaissait un PDG irlandais qui avait mis en place un « magnifique » schéma de contournement de ses obligations sociales et fiscales en mettant en place un régime de pseudo entrepreneurs pour ses pilotes et qui faisait des tours de passe-passe sur les bases d’affectation de ses navigants.

Désormais, on connaît également une compagnie d’État qui n’hésite pas à réinterpréter la notion de temps de travail en ce qui concerne l’activité des navigants. En ne considérant que les seules heures de vol pour faire croire qu’une personne qui travaille 20 jours par mois, fait plus de 100 heures de vol par mois, qui traverse des fuseaux horaires et des heures de nuits comme s’il en pleuvait ne travaille qu’à temps partiel, Finnair lamine les concepts de temps de de vol et de repos, de temps immobilisé loin de chez soi et fait tendre le travail vers l’esclavage.

Les apprentis sorciers de l’ultra-libéralisme osent tout, c’est d’ailleurs à ça qu’on les reconnaît.